18ème dimanche du Temps ordinaire A (2026)
Abbé Jean Compazieu | 25 juillet 2026Dieu nourrit son peuple

Pistes pour l’homélie
Textes bibliques : Lire
La première lecture et l’Évangile nous parlent de nourriture ou plutôt de manque de nourriture. Le prophète Isaïe s’adresse à des gens désespérés qui vivent en terre d’exil depuis 50 ans. Il les invite à se tourner vers le Seigneur : « Écoutez le Seigneur et vous vivrez ». Leur vie dépend du Seigneur. Ce qu’il leur offre est beaucoup plus important que les frigos bien remplis. C’est Dieu lui-même qui se donne gratuitement et sans mérite de leur part. Nous sommes tous invités à nous en remettre à lui, même dans les situations les plus désespérées.
Dans la seconde lecture, saint Paul nous parle précisément de cette gratuité du don de Dieu en Jésus Christ. Lui-même vit une situation très difficile. Il est persécuté et mis en prison. Mais il pousse un cri de joie car il a découvert la bonté du Seigneur. Même au milieu des pires difficultés, il ne cesse de crier sa confiance car il sait que rien ne peut le séparer de l’amour de Dieu. Ils sont nombreux aujourd’hui les chrétiens persécutés qui témoignent de leur attachement inébranlable au Seigneur.
Dans l’Évangile, c’est la promesse d’Isaïe qui se réalise. En Jésus, c’est Dieu qui a vu la misère de son peuple affamé. Il est saisi de pitié devant tous ces gens. Il guérit les infirmes. Il vient pour guérir et donner aux hommes la paix. À travers ces paroles et ses gestes, c’est l’amour et la miséricorde de Dieu qui se donnent aux hommes. En ce jour, nous demandons à l’Esprit Saint de rendre nos cœurs pareils à celui du Christ, attentifs et ouverts devant la misère et la faim de nos frères. Nous sommes envoyés pour témoigner de cet amour passionné qui est en Dieu. Mais si nous voulons être crédibles aux yeux du monde, il faut que cela se voie dans notre vie, il nous faut mettre nos actes en accord avec l’Évangile.
Le soir venu, c’est le signe de la multiplication des pains. Toute la foule a été rassasiée. Le danger serait de ne voir que le côté merveilleux de cette histoire. C’est vrai que nourrir toute une foule dans un endroit désert, c’est extraordinaire. Mais ce n’est pas le plus important. Cet Évangile nous invite d’abord à reconnaître Celui qui se révèle. Aujourd’hui comme autrefois, il prend soin de son peuple ; il nous nourrit gratuitement. En lui et par lui, c’est tout l’amour du Père qui se donne.
Mais aujourd’hui, il nous faut faire un pas de plus : Jésus a été envoyé pour nourrir l’homme affamé de Dieu. Et puis, il y a un point important qu’il nous faut souligner : Les auteurs des évangiles, ont perçu ce miracle comme un signe de l’Eucharistie. Les gestes de Jésus sont les mêmes qu’à la Cène : “Il prit les cinq pains, il prononça la bénédiction, il rompit les pains, il les donna.” Ce pain qui est annoncé dans l’Évangile de ce jour, c’est celui de la Vie éternelle ; c’est son Corps livré pour nous et pour la multitude. Il y eut douze paniers pleins des morceaux qui restaient. C’est l’annonce de la vraie multiplication des pains qui ne cesse de s’accomplir par le ministère des prêtres.
La multiplication des pains nous enseigne que Dieu nous donne une nourriture qui développe en nous notre capacité d’aimer. Elle nous ouvre à l’humanité toute entière. Tous les hommes sont “invités au festin des noces”. Jésus n’est pas venu pour quelques privilégiés mais pour la multitude. Quand le prêtre dit : “Heureux les invités au Repas du Seigneur”, il ne s’agit pas seulement de ceux qui sont présents physiquement mais de tous les hommes sans distinction. Tous sont invités à partager le don de l’Eucharistie, le don que Jésus fait de sa vie et qu’il fait totalement sans rien garder pour lui.
En sortant de cette messe, nous sommes envoyés vers les autres avec un panier plein. Comme autrefois, Jésus continue à nous dire : “Donnez-leur vous-mêmes à manger”. Donnez à ceux qui ont faim de pain, faim d’amour, faim de reconnaissance. Si nous unissons nos forces humaines à celles du Christ, le miracle pourra se reproduire et l’Église revivra.
Ce que Dieu attend de nous, ce n’est pas notre argent mais notre disponibilité. C’est l’apport du peu que nous avons et du peu que nous sommes. Cinq pains et deux poissons c’est vraiment dérisoire. Mais c’est avec ça que Jésus fait des merveilles. C’est un encouragement pour nous qui avons tendance à nous décourager devant toutes les misères du monde. Nous disons facilement que nous ne pouvons pas répondre à tous les besoins. C’est sans doute vrai. Mais avec un peu de folie, nous pouvons bien lui donner nos pains et nos poissons. Jésus vient nous apprendre à nous mettre au service des plus pauvres. Prêtons nos oreilles et notre cœur pour écouter leur tristesse et leurs rancœurs. Le Seigneur compte sur nous pour soutenir et fortifier. Aujourd’hui encore, il multiplie les fruits de notre bonne volonté bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer.
En lisant cet Évangile, nous pensons à Marie aux noces de Cana. Elle a vu qu’il n’y avait plus de vin. Elle voit aussi tous nos manques, manques de pain, manques d’amour… Et elle ne cesse d’intercéder auprès de son Fils pour nous et pour notre monde. Et aujourd’hui encore, elle continue à nous dire : « Faites tout ce qu’il vous dira. »
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« Jésus se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades. » (Mt 14:13-14).
Jésus ‘fut saisi de compassion’ ! Ce trait marquant de la personnalité de Jésus est mis en évidence à plusieurs reprises dans les Évangiles. La bonté émane naturellement de Lui. Son cœur est ému devant la détresse des gens ! Des malheureux cherchent du réconfort auprès de Celui qui a le pouvoir de soulager les souffrances et apaiser les peines. Mais, ce soir-là, il se fait déjà tard… Les disciples suggèrent au Maître de renvoyer la foule pour qu’elle aille chercher à manger. Mais ils ne s’attendaient pas à cette réponse surprenante de Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » (Mt 14:16). Cette demande les a pris au dépourvu. Déconcertés, les disciples l’informent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » (Mt 14:17). Avec une telle ration, comment peuvent-ils nourrir tout ce monde ?
Saint Jean, dans son Évangile, évoque un détail marquant à propos de cet événement : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons. » (Jn 6:9) De bonne grâce, il a offert à Jésus son modeste repas pour nourrir la foule. Son geste généreux a permis à Jésus de réaliser une merveille. « Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants. » (Mt 14:20-21). Le contraste est saisissant entre la modestie de l’offre et l’énormité du résultat. Une belle leçon pour nous tous !
Manquer du nécessaire, c’est la dure réalité qui frappe des milliers de gens autour de nous. En cette période de crise, chaque jour, de plus en plus de gens se demandent comment trouver de quoi se nourrir. Le drame se joue en permanence devant nos yeux. La précarité plonge un grand nombre de personnes dans la misère et met en péril la survie des plus vulnérables. Face à cette misère, un énorme sentiment d’impuissance nous saisit. Nous avons le sentiment de ne pas avoir grand-chose à offrir. Et, tout comme les disciples de Jésus, nous nous disons : ‘Quoique nous fassions, cela semble tellement minime !’ Malgré tout, nous avons toujours quelque chose à partager avec les plus défavorisés.
L’exemple du jeune garçon montre la force du petit geste et l’ampleur du résultat. Oui, il arrive que, par moments, nous soyons étonnés de constater à quel point un simple acte de solidarité accompagné d’amour peut être efficace. Cette page d’Évangile nous pousse à ouvrir nos mains à ceux qui sont dans le besoin. Offrons même le peu que nous possédons. Soyons attentifs aux besoins de ceux qui nous entourent. Dieu a besoin de notre collaboration pour venir en aide à nos proches. Si tous les nantis se décident à partager, le désert fleurira, la terre aride se métamorphosera en champ d’abondance !
Plusieurs prétendent que ce n’est pas en donnant du poisson qu’on apprend aux gens à pêcher. Cependant, la plupart des personnes qui ont besoin d’assistance se trouvent dans des situations inextricables qui les empêchent de trouver une solution à leur problème. Ils font même des efforts énormes pour essayer de s’en sortir, mais les circonstances défavorables ne leur permettent pas de reprendre le dessus dans l’immédiat. Il leur faut du temps et de l’aide pour y arriver. On ne peut pas échapper à la misère du jour au lendemain ! En les laissant à eux-mêmes, nous risquons d’adopter les mêmes comportements que les disciples de Jésus : « L’endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger ! » (Mt 14:15). Mais, comme à ses apôtres, le Christ nous demande avec insistance : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » (Mt 14:16)
Saint Jacques nous exhorte : « Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l’un d’entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez ! Et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? » (Jacques 2:14-16). Notre foi doit être vivante au travers d’actes concrets. Partageons, même si ce que nous possédons est presque rien, comme ‘ces cinq pains et ces deux poissons’ du jeune garçon ! Mais, des fois, ce ‘peu de chose’ placé dans la main de Dieu peut devenir miracle.
Ouvrons notre cœur. Plus grande est notre générosité, plus grand sera l’amour ! La misère ne se réduit pas à des besoins matériels ; elle se manifeste également dans la solitude. Ne soyons pas avares de notre temps, de notre amabilité, de nos sourires… Ne restons pas confinés dans notre petit confort, bien tranquille, les yeux fermés sur la réalité poignante du monde. Ouvrons grand nos yeux pour observer ce qui se passe autour de nous et témoignons de notre solidarité envers les personnes qui nous entourent !
Nguyễn Thế Cường Jacques